202 jours de mer à entendre le vent et la mer, écouter vivre le bateau.
Je me souviens des premières dépressions de l'Indien… Un autre rythme !
Je me souviens du soleil puissant de l'Australie.
Je me souviens ces oiseaux du large majestueux dans un environnement qui
nous est hostile.
Je me souviens d'un front avec des grains puissants en quittant
l'Australie. Surpris je me suis mis en fuite. Ca me fait penser que l'acte
de guerre que je préfère c'est « la fuite ».
Je me souviens des dauphins en route pour je ne sais où, mais déterminés.
Ils étaient une bonne centaine et nos routes se sont croisées. Certains
sont restés quelques minutes pour jouer avec Oïkos qui filait 9nds à ce
moment. Puis ils sont allés rejoindre le groupe dans une écume de force
9. Moment grandiose ou on sent la force sauvage de cette liberté
prodigieuse que rien n'arrête.
Je me souviens d'une bonne combinaison de voiles au près dans force 8.
Cape, Trinquette, Yankee… Ca pulse à 40degrés de gite !
Je me souviens d'un 'gentil' anticyclone. Pas comme celui du Pacifique qui
s'était installé sur Oïkos pour ne plus bouger pendant 3 jours. Cette fois
il est passé plus au sud et nous a ouvert la route à 3 jours de portant.
Je me souviens d'une grosse houle permanente qui dans les moments de vent
faible fait danser Oïkos. Une danse qu'on pourrait appeler
« cékanksasoufle ».
Je me souviens de mon premier bain pour nettoyer la carène peu avant
l'Afrique du sud. A 27 degrés s'était agréable, cependant l'idée de
croiser un prédateur genre requin m'a soufflée à l'oreille de ne pas
trainer.
Je me souviens, dans 10nds de vent sous gennaker, d'une vague levée par
le courant et les hauts fonds (Walters Shoals). Le mât, sous la secousse
a à peine tremblé. Je pense à une fable de La Fontaine : « Le chêne et
le roseau ». Et le roseau : « Des racines solides, régulièrement
renforcé et la tête souples et légère ». Ca me fait penser à un poteau
que je commence à bien aimer.
Je me souviens d'un grain énorme, nuages sombres et bas, des éclairs, du
vent violent, sans aucune visibilité - et le détecteur de radar en
alerte ! C'est toujours dans ces moments que ça arrive! La radio a
justifié sa présence à bord.
Je me souviens être passé par Bonne Espérance. Oui, être passé si vite que
je me demande si l'Indien n'en avait pas assez de nous voir. Ou peut-être
pour nous inviter à repasser par là.
Je me souviens d'un cargo en route collision. Comme s'il n'y avait pas
assez de place ! Le trafic dans la région du cap des tempêtes est un peu
intense !
Je me souviens d'une tortue intriguée par Oïkos. Elle cherchait peut-être
la tête. Alors je me suis présenté et elle a sondé.
Je me souviens d'un requin affamé, mais pas intéressé par l'alu.
Je me souviens en voyant la terre de l'Ascension que ça faisait 80 jours,
depuis la nouvelle Zélande, qu'il ne m'était pas donné d'admirer un
paysage côtier. Ca me fait penser à un proverbe chinois « Ce qui compte,
ce n'est pas de pouvoir voler dans les airs ou de glisser sur les eaux ;
c'est de fouler la terre des hommes ». Mon espérance - après l'Ascension
de l'Atlantique - fouler la terre Niçoise.
Je me souviens de 20 jours de météo « 10-20nds de Sud-Est » !
Toujours sur la route du retour l'aventure continue.
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