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jeudi 3 mai 2012

J 203 - Repos

J'ai pu me reposer ces deux derniers jours. Loin des côtes, loin des
routes cargo, un vent portant régulier, la mer du vent, la toile qui
permets d'avancer avec la marge d'un fraichissement - et je me repose. Je
réalise à quel point mon corps et ma tête en avaient besoin. A quel point
j'ai accumulé de la fatigue. Je crois que je réalise doucement qu'avec
Oïkos nous avons franchis les trois caps du sud et peu importe le sens.
S'était d'Est en Ouest et ça nous a fait profiter plus longuement de cette
région. Ca nous a fait vivre une intensité de vie hors du commun. Je crois
qu'il faudra encore un peu de temps pour que le corps et l'esprit
retrouvent un état normal, bien reposés. Chaque passage de cap à été fêté
à bord, cependant la tension ne se relâchait pas pour autant. Les
conditions de vent et de mer n'étaient pas meilleures 'derrière' ou après
les caps, même si les caps sont des franchissements particulièrement
délicats à cause des courants, des hauts fonds, des mers croisées, du
trafic, et des vents qui fraichissent, il n'en reste pas moins qu'au-delà
il y a toujours ces grosses houles souvent croisée et ces vagues venues
d'on ne sait où qui venaient au mieux bousculer Oïkos. Je réalise que tout
ça n'est pas un rêve, que ça s'est bien passé et que tout s'est bien
passé. Oïkos a tenu bon. La Voile de Cape et le TMT sont rangés depuis
Bonne Espérance et peut-être jusqu'au bout du voyage alors qu'elles
étaient depuis plusieurs mois la tenue préférée d'Oïkos. Oui, Oïkos a tenu
bon, elle a veillé sur moi quand par trop de fatigue je m'en remettais à
elle après lui avoir donné ce qu'il fallait de tissus, d'angle de barre et
tension dans le gréement. Elle me dit encore aujourd'hui, "repose toi
la route est encore longue". Oïkos a été bruyante, humide, bonne danseuse
mais surtout elle a bien épousé les vagues du sud et ça me rendait joyeux
de la voir si bien. Et grâce à elle j'ai connu ces moments
d'émerveillement, de contemplation mais aussi de stress, de peur - oui une
fois, 3 KO dans la tempête au large du rio de la Plata - et de prière
parfois. Oui tout cela s'est passé. C'est derrière et il y a déjà un goût
de nostalgie en voyant ces voiles de gros temps rangées et pas assez usées
des ces longs mois de service. Antoine et son équipe resteront les
meilleurs amis d'Oïkos ! Elle a souvent eu l'embarras du choix de sa tenue
avec ses deux étais et toutes ces 'mini-jupes' – Trinquette, Yankee,
Tourmentin. Oïkos a remporté le défilé de mode des mers du sud. Asmer peut
être fier de son régulateur d'allure qui a assuré dans toutes les
conditions de temps et à toutes les allures. L'heure n'est pas encore au
bilan, mais c'est juste une impression et une envie comme ça de remarquer
que sans certains points clefs - comme le safran également - il en aurait
été autrement.
Avec Oïkos on passe des journées cacochyme, entre la fatigue, le souvenir
heureux des derniers mois et le désir intime, une fois remis en forme, de
défiler à nouveau dans le sud, le seul lieu où les éléments offrent une
dimension qui donne le moyen de découvrir et d'aimer son voilier – et
réciproquement. Pour Oïkos et pour les caps du sud à l'envers, je crois
qu'on peut dire à l'anglaise : She Did It… Alors, avec l'accord de la
direction de SDI et pour l'occasion, l'acronyme SDI affiché sur la GV
d'Oïkos pourrait prendre un sens nouveau.
Maintenant c'est la vraie route du retour. On ne lâche pas pour autant la
tension. Mes sens sont toujours en éveil, à l'écoute de tous les bruits
qu'il faut identifier à chaque fois. Il reste à veiller le trafic, veiller
le pont, le matériel et continuer à boire et manger correctement. Avancer
au plus vite sans trainer. C'est le principe de base de tout voilier et de
toute navigation dès lors qu'on quitte le port.